« Le Loup de Wall Street », un Scorsese survolté

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De Martin Scorsese, avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Matthew McConaughey, Margot Robbie, Jean Dujardin.

Jordan Belfort, jeune courtier en Bourse à Wall Street à la fin des années 80, crée sa propre firme baptisée Stratton Oakmont. D’abord dans une optique de rêve américain, Belfort va très vite tomber dans la corruption et l’avidité. Multimillionnaire à un peu plus de 20 ans, grâce aux portefeuilles de victimes modestes et crédules, celui que l’on surnomme « le Loup de Wall Street » va vivre dans l’excès à outrance. Alcool, drogues, prostituées, achats et services démesurés… tout est bon pour profiter de l’argent amassé illégalement grâce à sa société.

La réputation de Martin Scorsese n’est plus à faire. Connu et reconnu pour ses nombreux chefs d’œuvres (Casino, Taxi Driver, Les Affranchis…), le réalisateur comptabilise plus d’une vingtaine de films à son actif, dont Le Loup de Wall Street, le dernier de la liste. Le long-métrage marque également la cinquième collaboration entre Scorsese et Leonardo DiCaprio. Après Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés et Shutter Island, l’acteur américain a de nouveau fait confiance à « Marty » et à son génie. Deux grands noms du cinéma pour un film osé, cynique et fou furieux !

En lisant seulement le synopsis, tout porte à croire que le nouveau film de Scorsese est un biopic très classique (si on oublie que la personne dont la vie est retracée est un adepte de drogues en tout genre). Pourtant, le réalisateur américain a décidé d’explorer la face humoristique du parcours de Jordan Belfort, et de faire de son film une comédie plutôt qu’un simple drame. Durant tout le film, tout est sujet à se casser les côtes ; d’abord à cause du personnage de Matthew McConaughey qui nous offre une scène de restaurant mythique, puis grâce ensuite à la carrure monumentale du personnage de DiCaprio, plus déjanté que jamais. Il faut dire que certaines scènes sont assez atypiques et inoubliables (les nains lancés sur une cible au milieu des bureaux de la firme de Belfort, l’overdose du courtier qui le pousse à ramper jusqu’à chez lui…). Scorsese est inspiré par son sujet, et il y met corps et âme, le délire ne s’arrête jamais, et explose jusqu’à l’extrême ! Et lorsque l’on pense que le sommet de l’excès est atteint, le réalisateur en remet une couche. Quand y en a plus, y en a encore ! Et nous, spectateur, au lieu de subir les déboires malsains de Belfort, nous nous éclatons avec lui.

Ce parti pris de faire du Loup de Wall Street une comédie est sujet à controverse, car le personnage de Jordan Belfort a largement de quoi se faire détester. Avide, criminel, à grosse tendance misogyne, prêt à tout pour le pouvoir, menteur, drogué… Tous les défauts sont réunis pour mettre le nom du courtier millionnaire dans votre liste noire. Toutefois, grâce à l’angle d’attaque choisit par Martin Scorsese, le contraire se produit, et une espèce de fascination s’établit devant les faits et gestes de Belfort, si bien que les 3 heures du film se font sentir comme un rail de coke : explosives, bourrées d’adrénaline, jouissives, et addictives. Quand ce n’est pas le montage cadencé et astucieux, c’est le scénario enflammé au ton satirique qui fait grimper l’intensité du long-métrage.

Côté script justement, c’est le talentueux Terence Winter, connu pour avoir travaillé sur la série Les Sopranos et pour avoir créé Boardwalk Empire pour la chaîne de télévision américaine HBO – série dont le premier épisode a d’ailleurs été réalisé par Marty –, qui s’est défoncé à la tâche (sans mauvais jeu de mots). Le talent d’écriture de Winter est indéniable, et la construction du film s’avère irréprochable. Avec des dialogues à la pointe de la perfection, Le Loup de Wall Street bénéficie ainsi d’un rythme de croisière constamment perturbé par une tempête de catégorie 5, les scènes étant dotées, soit d’une justesse incroyable, soit de pure folie. Aucun répit n’est accordé au spectateur, l’immersion dans la vie de Jordan Belfort étant de plus en plus profonde – un sentiment que Scorsese veut insistant, puisqu’il va user de moyens pour atteindre son spectateur, notamment ces quelques face caméra où Jordan Belfort se transforme soudain en narrateur, des plans qui substituent la voix off présente à la base.

C’est donc un Scorsese déchaîné et habité que l’on retrouve avec Le Loup de Wall Street. Décomplexé et assumé, le nouveau long-métrage de l’un des meilleurs réalisateurs de notre temps, est une bombe à retardement ne demandant qu’à détoner, qui met en scène des acteurs tous fabuleux les uns que les autres (DiCaprio est impressionnant comme jamais, McConaughey est toujours aussi charmant et convaincant, Jonah Hill tient une posture renversante, et Margot Robbie est aussi belle qu’elle sait s’affirmer) et fait trembler nos os. Pour sa sortie le 25 décembre 2013, Martin Scorsese nous a fait là le plus beau cadeau qui soit.

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