« La Vie d’Adèle – Chapitres 1 & 2 », une œuvre qui transporte

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De Abdellatif Kechiche, avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Jérémie Laheurte.

Adèle est une adolescente tout ce qu’il y a de plus normale. Tous les matins, elle se lève pour aller au lycée, elle y rejoint sa bande de potes avec laquelle elle va parler de tout et de rien, mais principalement des déboires amoureux de chacun. Mais Adèle va voir sa vie radicalement se transformer lorsqu’elle croise le chemin d’Emma, une étudiante passionnée d’art. Cette rencontre va être le point de départ d’une histoire d’amour, mais aussi, pour Adèle, le commencement d’une vie avec une identité nouvelle, une identité de femme.

Palme d’or au dernier Festival de Cannes, La Vie d’Adèle a fait parler de lui avant même sa sortie dans les salles françaises. Polémique autour des soi-disant relations tendues entre le réalisateur et les deux actrices principales, controverse autour des scènes d’amour jugées très – trop – crues, débat sur la « tyrannie » de Kechiche… Nul ne peut dire aujourd’hui que ces discussions autour du film freineront certaines personnes téméraires, mais si cela est le cas, ces mêmes personnes rateront un très grand film.

Oubliez les critiques qui qualifie La Vie d’Adèle de, je cite, « porno lesbien ». L’homosexualité est bien présente dans le long-métrage, ne nions pas les faits, mais ici, elle ne fait pas figure de dénonciation face à un système excluant ceux qui sont attirés par les personnes du même sexe. Aucun enjeu sociétal en vue, le réalisateur Abdellatif Kechiche se contente de montrer et de prouver que l’amour est un sentiment universel, qu’il n’est pas rattaché à une seule « catégorie » de couple. Vivrons-nous un jour dans une société qui cessera de faire la différence ? Kechiche l’entend bien.

Outre le fait de mettre l’homosexualité sur le banc de la totale normalité, Kechiche réussit aussi l’exploit de dépeindre de façon juste, cette période cruciale de la vie : l’adolescence. À travers le personnage d’Adèle, on retrouve cette fameuse crise ; plus qu’une crise pour Adèle, une vraie remise en question. En Emma, la jeune fille va trouver le déclencheur de sa vie de femme. Ensemble, elles vont construire une vie, mais Adèle va en même temps construire la sienne ; on s’éloigne rapidement de l’ado perdue et sans réelle existence, pour faire la rencontre d’une Adèle amoureuse, épanouie, grandissante, conquérante, passionnée. Une passion qui se voit à travers ces fameuses scènes de sexe, mais aussi à travers tous les autres contacts des deux femmes, rendus brûlants de désir par la caméra intimiste de Kechiche. Un amour charnel et puissant, voilà ce que vivent Emma & Adèle.

Adèle, parlons-en. Le réalisateur nous fait suivre, pendant trois heures, la vie de la jeune adolescente. Avec une utilisation presque totale des gros plans pendant toute la durée du film, la caméra de Kechiche se veut proche, voire ancrée dans une volonté de s’immiscer dans l’intimité profonde d’Adèle. Kechiche filme tout : Adèle qui dort, Adèle qui mange des spaghettis… En nous montrant des moments banals de sa vie, le cinéaste crée dès le début un lien entre le personnage et le spectateur. Très vite, on se sent proche d’Adèle, on s’engouffre dans sa vie, et nous vivons avec elle ses joies et ses peines. Comme elle, nous nous sentons euphoriques pendant cette grande fête qu’est la gay pride ; comme elle, nous nous sentons délaissés quand Emma s’éloigne petit à petit ; comme elle, nous nous sentons anéantis quand l’histoire touche à sa fin. Le lien est si puissant qu’on arrive même à espérer aussi fort qu’Adèle, alors que cet espoir n’a finalement pas lieu d’être. Adèle est nous et nous sommes Adèle. La force du film réside dans ce sentiment de proximité et de projection entre le spectateur et le personnage principal incarné par la jeune Adèle Exarchopoulos, impressionnante à la fois de spontanéité et de justesse. Face à elle, Léa Seydoux confirme son immense talent, mais c’est bien la jeune actrice de 19 ans qui rayonne de plein fouet dans le film.

Dans La Vie d’Adèle, Kechiche montre, mais surtout, il fait subir. Il étire certaines de ses séquences à l’infini, tout ça dans le but d’entrainer, avec Adèle, le spectateur. Tout est bon pour nous transporter au plus profond de son esprit. En trois heures, Kechiche capte l’amour, le désir, la passion, l’euphorie, la jouissance, la solitude, le chagrin, le mal-être, la souffrance. Au final, La Vie d’Adèle est puissant, déchirant, douloureux ; pourtant, on se surprend à aimer ça, et pire, on en redemande encore.

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